🕒 Lire 3 minutes Une étude récente du ministère du Travail montre des différences salariales entre le contrat à durée indéterminée et le contrat à durée déterminée (CDI et CDD). Les travailleurs intérimaires semblent être beaucoup plus désavantagés. En moyenne, les CDD sont 15% de moins que leurs pairs. Âge des salariés, primes ou taille de l’entreprise… Qu’est-ce qui justifie cette différence ?
Le CDD, moins rémunéré que le CDI
Le CDD souffre d’une réputation tenace : celle d’un contrat précaire, parfois subi plus que choisi. Et les chiffres ne viennent pas contredire cette image. Selon une enquête du ministère du Travail, relayée par la DARES, les salariés en contrat à durée déterminée perçoivent un salaire horaire brut inférieur de 14,4% à celui de leurs collègues en CDI, sur la base des données de 2014. L’écart s’est toutefois resserré depuis 2009, où il atteignait encore 18,5%. Malgré cette légère amélioration, la différence reste marquée, bien ancrée dans la réalité du marché du travail.
Des CDD majoritairement jeunes
L’étude braque aussi les projecteurs sur l’âge des salariés en CDD. Près d’un sur deux a moins de 30 ans. Dans les faits, les jeunes, souvent en début de parcours, sont surreprésentés parmi les titulaires de CDD. Ils occupent majoritairement des postes juniors, souvent moins rémunérés. À l’inverse, les CDI sont, pour près de 60% d’entre eux, attribués à des salariés de plus de 40 ans. L’étude précise : le CDD agit comme une rampe de lancement, un premier pas avant une éventuelle évolution de carrière. Mais cette jeunesse, couplée à une ancienneté réduite, limite l’accès aux postes à responsabilité et, par ricochet, aux meilleures rémunérations.
CDI, CDD : la différence se joue aussi sur les primes
Même avec la prime de précarité réservée aux CDD, les travailleurs en contrat temporaire ne profitent pas des mêmes avantages que les salariés en CDI. Les primes liées à l’ancienneté, au service, ou encore les gratifications de fin d’année, comme le fameux 13e mois, échappent plus souvent aux CDD. D’après l’étude, 93% des salariés en CDI touchent ces compléments de rémunération, contre 70,2% pour les CDD. Et lorsque ces primes sont versées, elles représentent en moyenne 2,3€ de l’heure pour un CDD, alors qu’un CDI bénéficie de 3,9€ à ce titre.
Autre élément d’explication : la proportion d’heures supplémentaires, qui profite davantage aux salariés en CDI (46,7%) qu’à ceux en CDD (38,1%).
Chiffres clés : En France, 88% des salariés disposent d’un contrat à durée indéterminée. Mais en 2017, 87% des embauches ont concerné des contrats temporaires.
La taille de l’entreprise, un facteur aggravant
La différence de rémunération entre CDI et CDD ne s’exprime pas partout avec la même intensité. Le contexte de l’entreprise joue un rôle majeur. Si la jeunesse et une présence plus courte dans l’effectif expliquent une bonne part de l’écart, la taille de la société accentue le phénomène, surtout dans les grands groupes. Dans les entreprises de plus de 500 salariés, l’écart grimpe à 23,4%. Cet écart, calculé sur les structures privées d’au moins 10 salariés, souligne combien le contexte collectif pèse sur la fiche de paie des salariés en CDD.
De quelle manière les entreprises réduisent-elles cet écart ?
Depuis le 1er mai 2008, toute fin de CDD donne droit à une prime spécifique, la fameuse prime de précarité, sauf exceptions prévues par la loi. Cette indemnité vise à compenser l’incertitude d’une recherche d’emploi renouvelée après chaque mission.
Son calcul est simple : l’employeur verse 10% du total brut perçu durant le contrat. Un exemple concret : un contrat de six mois payé au SMIC (1 480,27 euros brut mensuel en 2018) ouvre droit à environ 890 euros de prime à la fin de la mission.
Mais cette prime n’est pas systématique. Voici dans quels cas le salarié ne la touche pas :
- Le contrat s’interrompt avant son terme, de façon anticipée.
- Le salarié refuse un CDI proposé à l’issue du CDD.
- Le contrat remplace un salarié absent ou s’inscrit dans le cadre d’un emploi saisonnier ou temporaire.
- Le CDD prend fin dans le contexte d’un départ négocié, comme une rupture conventionnelle couverte par l’entreprise.
La prime de précarité figure sur le solde de tout compte, récapitulatif de toutes les sommes que l’employeur doit verser en fin de contrat.
Le CDD reste, pour beaucoup, un passage obligé, une étape souvent subie plus que choisie. Si la prime de précarité vient atténuer une partie de la différence, la réalité d’un écart salarial bien installé s’impose encore. Pour l’instant, le CDI conserve une longueur d’avance. Qui, dans quelques années, pourra vraiment dire si la tendance s’inversera ?

