Un salarié promu pour ses liens de sang plutôt que pour ses compétences : le scénario n’a rien d’exceptionnel. Derrière la porte de bien des entreprises familiales, le favoritisme s’invite, parfois à découvert, parfois à demi-mots. Une réalité qui sème la discorde, mine la confiance et finit par gripper toute la mécanique collective.
Favoritisme dans les affaires : l’art de souffler sur les braises
Longtemps, les fermes et les PME familiales ne tournaient quasiment qu’avec des proches. Parents, conjoints, enfants… la frontière entre vie privée et travail devenait floue, presque invisible. Mais petit à petit, en accueillant des salariés venus de l’extérieur, une question s’est imposée : garantir l’équité malgré les liens du sang, est-ce seulement possible ? Dès que les règles manquent de clarté ou que les décisions deviennent incohérentes, le sentiment d’injustice s’installe. Rapidement, frustration et tensions envahissent les équipes, et la dynamique collectrice ralentit.
Favoritisme : le double standard mis à nu
Les situations concrètes s’enchaînent : un fils d’associé arrive chaque matin bien après les autres, règle ses courses personnelles sur le compte de la société, s’offre des congés inattendus, hausse la voix sans conséquence… Ailleurs, un proche refuse d’assumer, mais la direction regarde ailleurs, ou au contraire, sanctionne deux poids, deux mesures. Ce favoritisme, c’est donner des avantages, ou fermer les yeux selon l’appartenance familiale, jamais selon l’investissement ou la compétence.
Ce qui alimente le favoritisme
Le phénomène se nourrit de plusieurs facteurs : la peur de rompre un lien fort, la crainte de voir un héritier claquer la porte, ou de raviver un conflit familial profond. À cela s’ajoutent les non-dits, le manque de discussions franches sur ce qu’on attend de chacun, ou l’absence de repères fixes pour guider les équipes. Parfois, des problématiques de fond, TDAH, dépression, anxiété, dépendance, compliquent les relations et poussent à la tolérance, même quand elle dessert tout le monde.
La réalité va encore plus loin : les conséquences ne se font pas attendre, et cela n’épargne personne.
Quand le favoritisme contamine tout le climat
Quand les règles changent au gré des patronymes, la confiance s’érode. L’entreprise familiale qui se laisse piéger perd bien plus que de la motivation. L’autorité du dirigeant vacille, la cohésion du collectif se défait. Dans cet environnement, chacun comprend qu’une progression ne se joue plus sur le travail ou l’excellence, mais sur le nom que l’on porte. Les efforts sont noyés, les plus investis se découragent, les tensions gagnent du terrain, et même ceux restés en dehors de l’entreprise familiale sont aspirés par les conflits. Résultat : les candidats extérieurs se méfient et rechignent à postuler là où la reconnaissance s’accorde d’abord au lien de parenté, jamais au mérite.
Un poste, ça se gagne
Recevoir son salaire, ce n’est pas une faveur qu’on doit à ses origines, c’est la juste récompense d’un engagement, d’un investissement concret. Dans une organisation qui fonctionne, chaque place nécessite de l’implication, du respect des règles, des preuves tangibles de compétence et de sérieux. Fermer les yeux sur certains écarts, c’est fragiliser la personne favorisée autant que l’équipe entière. Travailler dans l’entreprise familiale n’a rien d’automatique : c’est une mission, un contrat de confiance à renouveler jour après jour.
À propos de l’auteur
Pierrette Desrosiers accompagne depuis plus de vingt ans dirigeants, équipes et familles d’entrepreneurs. Psychologue du travail, conférencière et coach, elle connaît de l’intérieur la complexité des organisations familiales.
Elle propose dans sa boutique des outils concrets pour muscler l’intelligence émotionnelle, en individuel comme en collectif.
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À propos de l’auteur Abonnez-vous
Pierrette Desrosiers, psychologue du travail et coach d’affaires, intervient au plus près des réalités du terrain. Première psychologue à accompagner les exploitations agricoles au Canada, elle s’appuie sur la neuroleadership, la motivation et l’intelligence émotionnelle pour enrichir ses conseils et ses formations.
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